Le vieillissement de la population est un phénomène majeur des sociétés occidentales contemporaines. En France, les personnes de plus de 60 ans représentent aujourd’hui près d’un quart de la population, et cette proportion ne cesse d’augmenter. Ce vieillissement s’accompagne fréquemment d’une diminution des capacités physiques et d’une augmentation des pathologies chroniques, ce qui peut conduire à une perte d’autonomie et à une altération de la qualité de vie.

Dans ce contexte, la pratique d’activités physiques et sportives adaptées chez les seniors apparaît comme un enjeu de santé publique majeur. En effet, de nombreuses études scientifiques ont mis en évidence les effets bénéfiques de l’activité physique sur la santé physique et mentale des personnes âgées. Pourtant, en dépit de ces bienfaits largement démontrés, le niveau d’activité physique des seniors reste insuffisant. Seule une minorité respecte les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en la matière.

Cet article vise à faire le point sur la place du sport dans le vieillissement, sous ses différents aspects : bénéfices pour la santé, risques éventuels, motivations et freins à la pratique chez les seniors, recommandations actuelles et perspectives.

Sommaire

Bénéfices de l’activité physique pour la santé des seniors

Les effets positifs de l’activité physique sur la santé ne sont plus à démontrer, quel que soit l’âge. Toutefois, la pratique sportive revêt une importance particulière chez les seniors. En effet, l’actualité fitness rappelle qu’elle contribue à compenser les effets délétères du vieillissement et à prévenir l’apparition ou l’aggravation de nombreuses pathologies.

Bénéfices physiques

Sur le plan physique, l’activité physique permet de lutter contre la sarcopénie (diminution de la masse et de la force musculaire) en stimulant le développement et le maintien de la masse musculaire. Elle améliore également l’endurance, la densité osseuse, l’équilibre et la coordination. Par ailleurs, elle aide à réguler le poids, la tension artérielle, le taux de cholestérol et la glycémie. Elle réduit ainsi les facteurs de risque de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2, d’hypertension artérielle et de certains cancers.

L’activité physique contribue également à prévenir la fragilité physique, facteur de risque majeur de perte d’autonomie chez les personnes âgées. Enfin, par ses effets sur l’équilibre, la force musculaire et la densité osseuse, elle permet de réduire les risques de chutes et de fractures ostéoporotiques, très fréquentes après 65 ans..

Bénéfices psychologiques

Outre ses effets purement physiologiques, l’activité physique procure également de nombreux bienfaits psychologiques aux seniors. Elle améliore l’humeur, réduit le stress, l’anxiété et les symptômes dépressifs fréquemment associés au vieillissement. Par ailleurs, plusieurs études ont montré qu’elle avait des répercussions positives sur les fonctions cognitives telles que la mémoire, l’attention ou les fonctions exécutives. Elle contribuerait ainsi à retarder l’apparition des troubles neurodégénératifs liés à l’âge.

Enfin, la pratique collective d’activités sportives favorise les interactions sociales et lutte contre l’isolement, facteur de risque de mortalité chez les personnes âgées.

Augmentation de l’espérance de vie en bonne santé

Au final, par l’ensemble de ses effets bénéfiques sur la santé physique et mentale, l’activité physique adaptée permet d’augmenter l’espérance de vie sans incapacité des seniors. Autrement dit, elle repousse l’apparition des limitations fonctionnelles liées à l’âge et le passage à un stade de dépendance. Les seniors sportifs conservent ainsi plus longtemps leur autonomie, gage d’une meilleure qualité de vie.

Risques potentiels de l’activité physique intense chez les seniors

Bien que globalement bénéfique pour la santé, la pratique d’une activité physique intense n’est pas sans risque après un certain âge. En particulier, elle peut favoriser la survenue d’accidents cardiovasculaires chez les seniors sédentaires reprenant une activité.

Risque de mort subite

Chez les personnes âgées sédentaires, la reprise brutale d’un exercice physique intense s’accompagne d’un risque de mort subite par arrêt cardiaque multiplié par deux ou trois dans les 24 à 48 heures suivant l’effort. Ce sur-risque serait lié à des anomalies transitoires du rythme cardiaque ou à des lésions athéromateuses coronariennes fragilisées par l’effort.

Heureusement, ce risque demeure faible en valeur absolue, de l’ordre de 1 accident cardiaque pour 1 à 2 millions d’heures de pratique sportive chez les plus de 65 ans. Et il peut être prévenu par une reprise progressive de l’activité.

Autres risques

D’autres risques ont également été rapportés lors de la pratique intensive de certains sports, comme un risque fracturaire accru en cas de chute ou un risque de lésions musculaires et tendineuses. Mais dans l’ensemble, ces risques restent limités si l’activité est bien adaptée aux capacités physiques du senior.

Motivations et freins à la pratique sportive des seniors

Malgré ses incontestables bienfaits, tous les seniors ne pratiquent pas une activité physique régulière. Diverses études se sont intéressées aux motivations et aux freins à la pratique dans cette population.

Motivations

Parmi les principales motivations évoquées, on retrouve fréquemment la recherche d’effets positifs sur la santé, le bien-être psychologique, le maintien de l’autonomie et des capacités fonctionnelles. La convivialité et le lien social permises par les activités collectives arrivent également en bonne place.

À contrario, la compétition ou la performance sportive ne semblent pas être une source de motivation prioritaire chez les seniors. Leurs attentes diffèrent en cela de celles des sportifs plus jeunes.

Freins

Plusieurs obstacles à la pratique d’activités physiques chez les seniors ont été identifiés :

  • L’état de santé (pathologies chroniques, douleurs, fatigue…)
  • La crainte de se blesser
  • Le manque de motivation et d’intérêt pour le sport
  • Des limitations fonctionnelles (problèmes de mobilité ou d’équilibre)
  • L’influence des proches (conjoint sédentaire…)
  • L’absence d’offre adaptée à proximité du domicile
  • Le coût financier éventuel
  • Des difficultés de transport
  • Un sentiment d’incompétence

La méconnaissance des bienfaits de l’activité physique et le manque d’information sur les activités adaptées aux seniors constituent également des obstacles non négligeables.

Recommandations actuelles

Compte tenu de ses effets positifs largement démontrés sur la santé et l’autonomie, l’activité physique adaptée aux capacités des seniors est recommandée par toutes les sociétés savantes et organisations sanitaires nationales et internationales.

Recommandations de l’OMS

Selon les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé datant de 2020 :

  • Les adultes de 65 ans et plus devraient pratiquer au moins 150 à 300 minutes hebdomadaires d’activité physique aérobie d’intensité modérée ou au moins 75 à 150 minutes hebdomadaires d’activité physique aérobie d’intensité soutenue, ou une combinaison équivalente d’activité d’intensité modérée et soutenue.
  • Des exercices de renforcement musculaire faisant intervenir les principaux groupes musculaires devraient être pratiqués au moins 2 jours par semaine.
  • Des exercices d’équilibre fonctionnel et de renforcement musculaire sont recommandés 3 jours ou plus par semaine pour prévenir les chutes.

Ces recommandations visent en priorité le maintien de l’autonomie fonctionnelle et la prévention des limitations induites par l’âge, plus que la performance sportive.

Recommandations françaises

En France, l’Académie Nationale de Médecine recommande en 2021 :

  • 30 minutes d’activité physique d’intensité modérée par jour (marche rapide, natation, vélo…) pour les seniors en bonne santé ;
  • Des exercices visant à améliorer force musculaire, équilibre et souplesse, 2 à 3 fois par semaine.

L’Académie insiste sur l’intérêt de débuter ces activités le plus tôt possible, dès 55-60 ans, afin d’en maximiser les bénéfices.

Perspectives

Malgré les recommandations officielles, le niveau d’activité physique des seniors reste majoritairement insuffisant en France comme dans la plupart des pays industrialisés. Ainsi, seul un quart des Français de 65 à 75 ans atteignent les objectifs fixés par l’OMS.

Plusieurs leviers d’action existent pour promouvoir le sport-santé chez les seniors :

Sensibilisation

Il apparaît indispensable de mieux informer cette population et les professionnels de santé sur les bienfaits de l’activité physique adaptée et les possibilités de pratique. Cette sensibilisation devrait débuter tôt, dès l’entrée dans la vie active, afin de promouvoir l’adoption précoce d’un mode de vie actif.

Offre d’activité diversifiée de proximité

L’offre sportive destinée aux seniors doit être étoffée, diversifiée, de qualité et facilement accessible depuis le domicile. Les collectivités territoriales ont un rôle majeur à jouer pour soutenir et coordonner ces initiatives.

Accompagnement personnalisé

Un accompagnement personnalisé par des professionnels formés apparaît souhaitable pour certains seniors fragiles ou atteints de pathologies chroniques. Ceci afin de les guider vers des activités adaptées à leur état de santé et à leurs capacités.