Le konjac est une plante originaire d’Asie, notamment de Chine et du Japon, qui suscite un intérêt croissant en Occident pour ses vertus nutritionnelles et ses bienfaits pour la santé. Son principal composé actif est le glucomannane, un polysaccharide soluble visqueux avec des propriétés exceptionnelles. Chez les personnes âgées, le konjac pourrait apporter plusieurs bénéfices, notamment en termes de transit intestinal, de cholestérol, de glycémie ou encore de satiété. Cependant, sa consommation nécessite quelques précautions chez cette population à risque. Cet article vise à faire le point sur les effets du konjac chez les seniors. 

Sommaire

I. Propriétés et composition du konjac

Le konjac est le nom commun de la plante  Amorphophallus konjac , également appelée herbe du diable en Chine. C’est une plante vivace tropicale, cultivée principalement en Chine et au Japon.

La partie comestible est un gros tubercule pouvant peser jusqu’à 20 kg. Ce tubercule contient environ 40% de glucomannane, un polysaccharide hydrosoluble constitué d’unités de D-mannose et de D-glucose liés en β-(1→4).

Le glucomannane de konjac possède des propriétés uniques :

  • Forte densité et capacité épaissesissante même à faible concentration
  • Grande capacité de rétention d’eau (jusqu’à 200 fois son poids)
  • Insoluble dans l’eau froide, soluble dans l’eau chaude
  • Stable à des températures et pH relativement élevés
  • Non toxique, non irritant, hypoallergénique

Grâce à ces propriétés, le glucomannane de konjac est utilisé comme additif alimentaire pour ses effets stabilisants, épaississants et gélifiants. Il porte le numéro E425.

Outre le glucomannane, le tubercule de konjac contient environ :

  • 30% d’eau
  • 3 à 4% de protéines
  • 0,1 à 0,2% de lipides
  • 3 à 4% de cendres
  • 15 à 20% d’amidon
  • 2 à 3% de sucres simples

Sa valeur énergétique est donc très faible, de l’ordre de 11 kcal pour 100 g. En revanche, sa teneur en fibres est exceptionnellement élevée grâce au glucomannane, permettant d’atteindre 75 à 80 g de fibres pour 100 g.

II. Bienfaits potentiels du konjac pour les seniors

Plusieurs études suggèrent que la consommation de konjac pourrait présenter des bienfaits de santé intéressants pour les personnes âgées.

1. Transit intestinal

Le vieillissement s’accompagne fréquemment de troubles du transit, notamment de la constipation. Or le konjac pourrait aider à lutter contre ce problème grâce aux fibres de glucomannane.

Celles-ci augmentent le volume et la viscosité du bol alimentaire dans l’intestin, stimulant la motricité intestinale. Elles sont également fermentées par le microbiote, produisant des acides gras à chaîne courte aux effets bénéfiques.

Une méta-analyse de 14 essais cliniques a conclu à l’efficacité du glucomannane dans le traitement de la constipation chronique. Chez les seniors, une étude a montré une nette de la consistance des selles et de la fréquence de défécation.[1]

2. Cholestérol

L’hypercholestérolémie touchant près de 50% des plus de 65 ans en France, le konjac pourrait aider à faire baisser le taux de mauvais cholestérol (LDL).

En effet, les fibres de glucomannane forment un gel visqueux qui piège les lipides alimentaires, limitant leur absorption. Elles réduisent également la réabsorption des acides biliaires, ce qui augmente la synthèse des LDL et fait baisser la cholestérolémie.

Une méta-analyse a conclu que 3 à 5 g par jour de glucomannane pouvaient faire baisser le LDL de 18 mg/dL en moyenne.[2]

3. Glycémie

Le konjac permet également de limiter les photos glycémiques grâce au glucomannane. Les fibres forment un gel retardant la vidange gastrique et l’absorption intestinale du glucose.

Une étude chez des diabétiques âgés a montré que 3 g/jour de glucomannane avant les repas réduisait l’élévation de la glycémie postprandiale.[3]

4. La satiété

Autre atout majeur pour les seniors : le fort pouvoir satiétogène du konjac, permettant de lutter contre la perte d’appétit liée à l’âge.

En effet, le glucomannane a des propriétés de gel uniques retenant l’eau : il occupe un grand volume dans l’estomac, activant les mécanorécepteurs pariétaux. Résultat, on se sent rassasié plus vite et plus longtemps.

Diverses études chez les seniors ont confirmé cet effet bénéfique sur la sensation de faim et la prise alimentaire.

III. Risques et précautions avec le konjac

Bien que généralement aux doses alimentaires, le konjac impose quelques précautions chez les personnes âgées, population plus fragile.

1. Troubles de la déglutition

Le principal risque est l’obstruction ou la fausse route, car le konjac gonfle considérablement au contact de l’eau. La préparation doit être correctement hydratée et mastiquée avant d’être avalée.

Les seniors dysphagiques doivent donc éviter le konjac, surtout sous forme de gélules ou de poudre. Mieux vaut privilégier les formes pré-hydratées comme les nouilles shirataki.

2. Troubles intestinaux

Une augmentation trop rapide des apports en fibres de glucomannane peut provoquer des diarrhées, des ballonnements ou des douleurs abdominales. L’hydratation et la transition progressive sont essentielles.

De plus, le konjac peut aggraver certains troubles du transit (diarrhée chronique, occlusion intestinale). Son usage est alors déconseillé.

3. Interactions médicamenteuses

Les fibres de konjac peuvent diminuer ou retarder l’absorption digestive de certains médicaments pris par voie orale.

Il est préférable de prendre le konjac à distance des prises médicamenteuses (au moins 2h avant ou après) pour éviter une perte d’efficacité.

4. Carence en nutriments

Consommé en trop grande quantité ou sur le long terme, le konjac pourrait induire des carences nutritionnelles, n’apportant quasiment ni protéines, ni lipides, ni vitamines ou minéraux.

L’apport excessif en fibres peut également diminuer l’absorption d’oligo-éléments comme le fer, le zinc, le magnésium ou le calcium.

IV. Formes et posologies recommandées

Pour profiter des bienfaits du konjac en minimisant les risques, voici quelques conseils pratiques pour les seniors :

1. Posologie

  • Commencer par de petites doses (2-3 g) et augmenter progressivement
  • Ne pas dépasser 15 g de glucomannane par jour
  • Fractionner en plusieurs prises dans la journée

2. Formes conseillées

  • Gélules : pratiques mais risque d’étouffement si mal utilisées
  • Poudre : à diluer dans beaucoup d’eau chaude avant consommation
  • Nouilles shirataki : pré-hydratées, plus sûres

3. Mode de consommation

  • Bien maîtriser avant d’avaler
  • Prendre avec 1 à 2 grands verres d’eau
  • Éviter la prise à jeun, préférer avant les repas
  • En cas de gélules, vérifier la déglutition avant de boire

4. Population à risque

Le konjac est déconseillé chez les seniors présentant :

  • Troubles de la déglutition (dysphagie, fausses routes)
  • Pathologie digestive sévère (occlusion, diarrhée chronique)
  • Insuffisance rénale chronique

Conclusion

Le konjac, de par sa richesse en fibres sous forme de glucomannane, pourrait présenter des bienfaits intéressants pour les seniors : du transit intestinal, réduction du cholestérol, effet positif sur la glycémie et la satiété.

Cependant, quelques précautions sont à prendre en compte tenu des risques de fausse route, de troubles digestifs ou de carences. Le konjac est même contre-indiqué chez certaines personnes âgées fragiles.

Bien utilisé à dose modérée, le  konjac peut néanmoins constituer un complément alimentaire utile après 65 ans. Sous forme de poudre, gélules ou nouilles, il apporte des fibres solubles qui font souvent défaut avec l’âge. À intégrer dans le cadre d’une alimentation diversifiée et équilibrée !

Les références

[1] Chen et al., World Journal of Gastroenterology, 2013.
[2] Sood et al., American Journal of Medicine, 2008. [3] Vuksan et al., Diabetes Care, 2000.
[4] Keithley et al. , Appétit, 2005